Trump et Netanyahu seuls contre le monde.

Alors même qu’il est englué dans une série de scandales et de revers politiques depuis son accession à la maison blanche en janvier dernier, Donald Trump a cumulé les polémiques en à peine 1 an de mandat. Du limogeage de James Comey l’ex patron du FBI en Mai dernier, qui enquêtait sur la désormais plus que probable ingérence du gouvernement russe dans la dernière élection présidentielle américaine, à l’annulation de son « Muslim Ban » par plusieurs juges fédéraux, Donald Trump semble littéralement imperméable aux polémiques. Quand on sait que le leitmotiv qu’il s’était fixé alors candidat à travers son slogan de campagne « Make America great again », était le retour à la grandeur de cette Amérique d’entre deux guerres, caractérisée par une idéologie « isolationniste » quant à tous les dossiers ne relevant pas directement de la sécurité nationale ; Donald Trump s’est très vite rendu compte de l’écart entre les promesses de campagne et la « réal politique ». Un écart qu’il a su abyssal tant le chemin accompli par  les États-Unis depuis l’adoption du  » multilatéralisme agressif  » après la grande guerre est bien trop considérable pour envisager un brusque repli sur soi de la première puissance économique et militaire de la planète, leader mondial des ventes d’armements et impliqué directement ou indirectement dans tous les conflits majeurs d’après guerre.

Cette évidence s’est illustrée par la multiplication des décisions de politique extérieure parfois qualifiées de guerrières. Cette démarche qui va à contre courant de tous les discours isolationnistes de l’administration Trump a laisser croire que le nouvel homme fort de Washington s’inscrivait dans la même démarche guerrière que nombreux de ses prédécesseurs qui avaient fait de la politique extérieure cet argument derrière lequel dissimuler leur évidente incapacité à trouver de véritables solutions aux problèmes des américains. La prise de conscience par Trump, de la difficulté (pour ne pas dire l’impossibilité) pour son pays de s’isoler des problèmes du monde s’est caractérisée par la crise de la péninsule coréenne et le bras de fer qui s’en est suivi avec le leader nord-coréen Kim Jong Un au cours du dernier trimestre de 2017 ; puis les multiples bombardements intensifs américains contre les Talibans en Afghanistan au mois d’Avril.

Mais depuis peu, c’est le conflit Israélo-palestinien qui crispe les attentions, à travers la décision de Donald Tump le 06 Décembre dernier de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv où elle se trouve, à Jérusalem dont l’appartenance territoriale est au cœur de la discorde entre Israéliens et Palestiniens depuis la création de l’Etat juif en 1947. Si la décision américaine a été accueillie favorablement par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui s’est félicité d’une avancée majeure dans la reconnaissance des droits inaliénables de l’Etat d’Israël, elle a par contre été décriée par la communauté internationale y compris les alliés historiques de Washington tels que Paris et Londres qui y ont vu une autre décision prise sur un coup de tête par le locataire de la maison blanche, connu comme étant un habitué des faits. Dans le monde arabe, la décision américaine a provoqué une onde de choc et les réactions qui l’ont suivie ont été immédiates, tant de la part des leaders que celle des populations. Alors que les manifestations se sont multipliées dans plusieurs grandes villes du Proche-Orient et d’Afrique du Nord, même Riyad, allié traditionnel de Washington dans la région s’est offusqué de la décision américaine ; laquelle décision a aussitôt été condamnée par l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), convoquée en urgence par Ankara le 13 Décembre dernier en Turquie. Les leaders arabes ont rejeté à l’unanimité « une décision irresponsable, illégale et unilatérale » de Donald Trump qu’ils ont qualifié de « nulle et non avenue ». Les Dirigeants Arabes sont allés plus loin en proclamant « Jérusalem Est comme capitale de l’Etat de Palestine » et ont appelé la communauté internationale à leur emboiter le pas.

C’est à l’ONU cependant que le climat a été des plus tendus, puisqu’une résolution condamnant la décision américaine a aussitôt été proposée au conseil de sécurité réuni en urgence le 18 Décembre sur proposition égyptienne. Ayant obtenu 14 votes favorables, la résolution a bien entendu été bloquée par le véto américain, plus isolé que jamais.

L’assemblée générale a ouvert ce jeudi 21 Décembre 2017 une session au cours de laquelle une résolution condamnant la décision américaine de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël a été votée. Le vote a porté sur un texte affirmant qu’une décision sur le statut de Jérusalem « n’avait pas de force légale » et que la question de Jérusalem devait faire partie intégrante d’un accord de paix final entre Israéliens et Palestiniens.

L’assemblée générale n’ayant pouvoir de décision (cela relevant des compétences du conseil de sécurité), l’institution a cependant entendu manifester à travers cette résolution, une opinion qu’elle savait quasi-générale, afin d’exercer une pression sur les Etats-Unis et leur allié israélien. Appelé sur initiative palestinienne, le texte de résolution objet de l’assemblée avait provoqué l’ire de Washington qui a immédiatement réagit par le biais de son ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley qui déclarait que «  les Etats-Unis se souviendront de cette journée qui les a vus cloués au pilori devant l’Assemblée Générale pour le seul fait d’exercer notre droit de pays souverain ».  Donald Trump avait lui-même mis en garde en menaçant de couper des financements américains « tous ces pays qui prennent notre argent et ensuite votent contre nous au conseil de sécurité… ». Des propos qui ont sidérés de nombreux diplomates onusiens qui ont déclaré sous couvert de l’anonymat que « ce n’est pas comme cela que ca marche, on vote sur des principes ».

 

Quoi qu’il en soit, les invectives et menaces  de Washington n’auront pas réussi à intimider l’assemblée générale qui a adopté dans une large majorité de 128 voix contre 9 voix et 33 abstentions sur 170 votants, le projet de résolution contre la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Alors même que le Washington et son allié israélien tentent de minimiser la portée d’une résolution qui n’a aucune valeur contraignante, il reste cependant évident qu’elle demeure un revers diplomatique important pour Washington  dans la mesure où  elle s’annonce comme sonnant le glas d’une époque où les Etats-Unis en qualité de « gendarme autoproclamé » du monde s’arrogent tous les droits et honneurs dans la gestion des différents dossiers conflictuels du globe. Comme n’ont pas hésité à le mentionner plusieurs leaders du monde musulman tels que Mahmoud Abass et Recep Erdogan, les USA se sont disqualifiés dans la recherche d’une solution au conflit israélo palestinien en reconnaissant Jérusalem comme la capitale de l’Etat Hébreu, et la décision récente du Guatemala d’emboiter le pas aux américains en transférant lui aussi son ambassade, ne semble pas y changer grand-chose. La crainte de nombreux observateurs cependant demeure l’implication de la Russie dans ce dossier ; laquelle pourrait se substituer aux USA et étendre plus considérablement une influence déjà décuplée par le conflit syrien. L’avenir nous en dira davantage

Maurice Curtis Maomy

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