A Bahreïn, un forum s’achève par un appel à soutenir les femmes entrepreneures dans les zones de conflit

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ONU Info/Abdelmonem Makki
[De gauche à droite] Alaa Hamadto, mère soudanaise, PDG de Solar Food ; Tahani Abu Daqqa, femme d’affaires palestinienne de Gaza ; Malalai Helmandi, directrice des opérations d’une organisation de production d’énergie solaire.

Le forum soutenu par l’ONU sur l’entrepreneuriat et l’innovation a pris fin jeudi à Bahreïn en mettant l’accent sur les femmes entrepreneures des zones de conflit, qui ont souligné l’importance d’investir dans leurs activités comme moyen de construire la paix, la sécurité et la stabilité dans leurs communautés.

Originaires d’Afghanistan, d’Algérie, d’Iraq, du Soudan et de Gaza, les femmes entrepreneures étaient à l’honneur lors de la clôture du Forum mondial de l’investissement des entrepreneurs 2024 (WEIF2024), qui se tenait depuis mardi à Manama, la capitale du Bahreïn.

Au cours d’une table ronde sur le thème « Les femmes, la paix et la sécurité », puis lors d’entretiens exclusifs avec notre équipe envoyée spéciale d’ONU Info qui s’est rendue au forum, les femmes d’affaires ont raconté des histoires émouvantes sur la manière dont leurs projets les ont incitées à aider les autres, et sur la nécessité d’accroître les financements.

Le conflit de Gaza entrave les projets menés par les femmes 

Tahani Abu Daqqa, une femme d’affaires palestinienne de Gaza, se trouve dans l’enclave depuis le début du dernier conflit, soit environ sept mois. Elle est partie il y a trois semaines et s’apprêtait à rentrer, mais le point de passage a été fermé, ce qui lui a donné l’occasion inespérée de participer au WEIF.

Mme Abu Daqqa a déclaré qu’elle était « la première femme palestinienne à travailler à Gaza pour créer des opportunités d’emploi pour les femmes, par exemple dans des usines de vêtements et de biscuits, afin qu’elles puissent rester à Gaza parce que de nombreux habitants de Gaza allaient travailler en dehors de la bande ».

Tahani Abu Daqqa (à l'écran), une femme d'affaires palestinienne de Gaza.
ONU Info/Abdelmonem Makki
Tahani Abu Daqqa (à l’écran), une femme d’affaires palestinienne de Gaza.

Cependant, son travail en faveur de l’autonomisation des femmes s’est heurté à des difficultés. Le conflit récurrent dans la bande de Gaza depuis 2007 a entravé l’avancement de ses projets.

À titre d’exemple, elle a cité son projet en faveur de l’environnement, Fondation Damour : « J’ai créé la Fondation Damour, qui se concentre sur des initiatives environnementales, telles que des dispositifs pour capter l’eau et des unités de traitement des eaux usées fonctionnant à l’énergie solaire. J’ai également créé Gaza Life for Renewable Energy, tout en étant confrontée à des problèmes de financement. J’ai fini par réussir, mais le projet a été détruit avant d’être achevé ».

Après le déclenchement du conflit actuel, tout a changé.

« Je me suis soudain retrouvée déplacée dans une zone proche de la mer. J’aurais pu louer un petit logement, mais les femmes et les enfants restaient dans la rue sous la pluie parce qu’ils avaient été déplacés et je devais faire quelque chose pour les aider. Nous n’avions rien, pas de banque, pas d’argent », raconte-t-elle.

Mme Abu Daqqa explique qu’elle a mené à bien un projet récent mais qu’elle s’est endettée à hauteur de plus de 2,5 millions de dollars, mais « j’ai oublié tous les problèmes que je traversais… J’ai commencé à penser aux femmes qui restaient avec leurs enfants sous la pluie [sans abri], alors j’ai commencé à collecter de l’argent auprès de mes amis et de ma famille pour construire des camps ».

Des participants prennent part à une table ronde sur les femmes entrepreneurs dans les zones de conflit lors du World Entrepreneurs Investment Forum à Bahreïn.
ONU Info/Abdelmonem Makki
Des participants prennent part à une table ronde sur les femmes entrepreneurs dans les zones de conflit lors du World Entrepreneurs Investment Forum à Bahreïn.

Malheureusement, poursuit-elle, il n’y avait pas de tentes parce que les institutions internationales n’étaient pas préparées.

« Alors, pour ce travail d’urgence, j’ai commencé à acheter du bois, j’ai rassemblé mes proches et des volontaires, et j’ai commencé à construire des tentes jour et nuit. Des amis juifs ont collecté 5.000 dollars pour me permettre de quitter Gaza, mais j’ai consacré cet argent à la construction de tentes pour la population », dit-elle à ONU Info.

Les vies et les rêves des Soudanais sont importants

Alaa Hamadto, une Soudanaise mère de trois filles, est la PDG et fondatrice de Solar Food, une startup de technologie propre et une pionnière dans l’industrie des aliments séchés au Soudan.

« Solar Food utilise un processus de séchage solaire pour produire une variété de produits alimentaires biologiques séchés qui sont conditionnés dans des emballages respectueux de l’environnement, destinés à la fois au marché de détail et au marché de gros.

L’usine de Mme Hamadto a été détruite lors du conflit au Soudan.

« Nous avions l’habitude d’exporter nos produits vers sept pays, dont le Royaume Uni, l’Arabie saoudite, les Émirats et le Qatar. Mon entreprise était située dans les locaux de l’usine au Soudan », explique-t-elle.

« Ma vision ultime était d’avoir un impact positif sur la vie des gens. C’est possible en aidant les petits exploitants agricoles. J’essaie également de faire connaître le concept de séchage solaire et ses avantages pour la population », dit-elle.

Alaa Hamadto est une mère soudanaise de trois filles et elle est également PDG et fondatrice de Solar Food. 
ONU Info/Abdelmonem Makki
Alaa Hamadto est une mère soudanaise de trois filles et elle est également PDG et fondatrice de Solar Food.

Mme Hamadto déclare avoir tout perdu lorsque la guerre a éclaté, il y a un peu plus d’un an. 

« Les vies soudanaises sont importantes. Les rêves des Soudanais sont importants. Nous avons été confrontés à des choses horribles. Les Soudanais ont tout perdu. Leurs usines ont été détruites. Nous avons perdu nos objets de valeur. Nous avons perdu notre peuple. Les femmes ont été violées. Tout le monde dit que ce qui se passe au Soudan est une… guerre civile, mais ce n’est pas vrai. Il s’agit d’une guerre pour les ressources qui est devenue un conflit ethnique ».

Lorsque le conflit a éclaté, Mme Hamadto s’est d’abord réfugiée en Égypte, puis a décidé de retourner au Soudan.

« J’ai choisi d’y retourner pour créer une usine de séchage, mais il est vraiment difficile d’opérer à nouveau au Soudan », déclare-t-elle, citant des défis tels que l’inflation, la pénurie d’équipement, les coupures d’électricité fréquentes et les menaces telles que les attentats à la bombe et les drones.

« Je pense que nous sommes en train de construire une résilience. Nous savons que personne ne viendra nous sauver et que c’est à nous de nous relever », dit-elle malgré tout.

Malalai Helmandi, Directrice des opérations de l'organisation productrice d'énergie solaire Helmandi Solar en Afghanistan, et son mari Hamid Helmand, directeur de l'entreprise.
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Malalai Helmandi, Directrice des opérations de l’organisation productrice d’énergie solaire Helmandi Solar en Afghanistan, et son mari Hamid Helmand, directeur de l’entreprise.

Autonomiser les mères afghanes

Malalai Helmandi, Directrice des opérations de l’organisation productrice d’énergie solaire Helmandi Solar en Afghanistan, et son mari Hamid Helmand, mettent en œuvre des projets visant à renforcer l’autonomie des femmes dans ce pays.

Au cours des deux dernières années et demie, leur entreprise a installé des serres pour les femmes touchées par les conflits et les crises, a-t-elle expliqué, ajoutant que 47 années de guerre en Afghanistan ont affaibli le rôle des mères en tant qu’épine dorsale du foyer.

« Une mère consacre la majeure partie de son temps aux années les plus importantes du développement de l’enfant. Et dans une culture comme l’afghane, où l’unité familiale est si forte, je trouve que ces familles [sont plus stables] lorsque la mère est responsabilisée, qu’elle a des connaissances et qu’elle a la possibilité d’apporter son propre revenu ou, au minimum, de participer à la prise de décision par le biais de quelque chose qui pourrait être… générateur de revenus ».

Pour sa part, M. Helmand a affirmé qu’après trois jours au WEIF, il rentrera chez lui convaincu que « grâce à nos efforts, à notre idéologie et à nos pensées… nous pouvons redonner ces responsabilités et ces emplois aux femmes, car 80 % d’entre elles ont perdu leur travail à cause de la guerre et de ce qui s’est passé dans cette région ».

Basima Abdulrahman, fondatrice et PDG de la société KESK.
ONU Info/Hisae Kawamori
Basima Abdulrahman, fondatrice et PDG de la société KESK.

Le conflit en Iraq ne pouvait pas m’arrêter

En 2018, le gouvernement iraquien combattait le groupe militant Daech, mais ces conditions n’ont pas découragé Basima Abdulrahman, fondatrice et PDG de l’entreprise KESK, qui recherche des solutions énergétiques par le biais de la technologie verte.

« J’ai décidé de créer une entreprise durable parce que j’aime la durabilité, [mais] je ne savais pas qu’elle finirait par devenir une entreprise d’action climatique », a déclaré Mme Abdulrahman à ONU Info.

« Je n’ai pas eu peur du conflit en cours parce que le changement climatique est une menace aussi grande que Daech, donc les actions pour contrer [les deux] doivent aller ensemble et ne pas être combattues dans un ordre spécifique, alors j’ai décidé qu’il n’était pas trop tôt, mais qu’il pourrait être trop tard ».

Mme Abdulrahman estime que pour l’Iraq, la transition vers les énergies renouvelables n’est pas seulement un plan stratégique ou un luxe, mais une nécessité. Le pays souffre d’une pénurie d’électricité de 50% et ce déficit est actuellement comblé par des générateurs qui polluent l’environnement et qui ne comblent pas réellement le déficit. Et surtout, ils coûtent cher.

Elle a exhorté les femmes entrepreneures dans les zones de conflit ou dans les régions en paix, mais où le patriarcat est bien ancré, à « créer une grande entreprise et à la faire prospérer. Vous pouvez toujours faire preuve de résilience, renforcer votre entreprise et aller de l’avant malgré les difficultés auxquelles vous êtes confrontées ».

Photo de groupe des participants au World Entrepreneurs Investment Forum (WEIF) à Manama, Bahreïn.
ONU Info/Abdelmonem Makki
Photo de groupe des participants au World Entrepreneurs Investment Forum (WEIF) à Manama, Bahreïn.

La voix des entrepreneurs a été entendue

Hashim Hussein, chef du bureau de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) pour la promotion de la technologie et des investissements à Bahreïn, qui a facilité le Forum, a déclaré qu’il était fier que d’avoir pu « faire en sorte que les entrepreneurs fassent entendre leur voix ».

« Nous avons vu que les entrepreneurs au sein du système des Nations Unies ont eu la possibilité de s’exprimer. Et les jeunes, nous les écoutons maintenant ; avant, ils ne faisaient qu’écouter », a partagé le responsable d’ONUDI.

« Je pense que la plus grande réussite du WEIF 2024 est d’avoir impliqué la communauté internationale dans la reconnaissance et la compréhension des problèmes et des difficultés des femmes dans les conflits et de la manière dont nous pouvons les aider », a-t-il poursuivi.

En marge du forum, M. Hussein a déclaré à ONU Info que cette aide devait passer par le développement économique, afin que les femmes puissent subvenir aux besoins de leur famille « et, bien sûr, des communautés et des pays dans lesquels elles vivent. Je pense que ce sera notre principale réalisation cette année, lors du Forum mondial de l’investissement des entrepreneurs 2024 ».

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