Climate Visuals Countdown/Raphael Pouget
Une coopérative de femmes en Mauritanie utilise l’énergie solaire pour opérer un système d’alimentation en eau d’un potager.

C’était la « Journée de la finance », mercredi, à la COP26, la Conférence des Nations Unies sur le climat, et les projecteurs étaient braqués sur une grande annonce : près de 500 entreprises mondiales de services financiers ont convenu d’aligner 130.000 milliards de dollars – environ 40 % des actifs financiers mondiaux – avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris, notamment la limitation du réchauffement climatique à 1,5°C.

Mark Carney, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour l’action et la finance climatiques, a réuni la Glasgow Financial Alliance for Net Zero, un groupe de banquiers, d’assureurs et d’investisseurs qui se sont désormais engagés à placer le changement climatique au centre de leur travail.

Mais que signifie exactement cet accord ?

« Le message central aujourd’hui est que l’argent est là, l’argent est là pour la transition, et ce n’est pas du blabla », a déclaré M. Carney aux délégués lors d’un événement sur le financement climatique à la COP26, à Glasgow.

L’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre a souligné qu’il considérait Net-Zero comme l’infrastructure critique du nouveau système financier.

« Il s’agit de se concentrer sur le client, d’aller là où se trouvent les émissions pour aider à les réduire. Ainsi, les entreprises qui ont mis en place des plans pour réduire les émissions trouveront le capital, celles qui n’en ont pas mis en place n’en auront pas. Je recommande donc vivement de mettre ces plans en place », a-t-il expliqué.

L’engagement s’accompagne d’une voie par laquelle les entreprises impliquées, y compris la plupart des grandes banques occidentales, doivent utiliser des conseils scientifiques pour atteindre zéro émission nette d’ici 2050, et s’engager à atteindre des objectifs intermédiaires vers une réduction de 50% d’ici 2030, et même une réduction de 25% au cours des cinq prochaines années.

Cela signifie ajuster leurs modèles commerciaux, développer des plans crédibles pour la transition, puis les mettre en œuvre.

« Et puis il y a les rapports annuels. Nous aurons des retours sur qui travaille bien, qui doit faire mieux, et aussi en termes de politique, ce qui est là et ce qui ne l’est pas », a souligné M. Carney.

Mark Carney, l'Envoyé spécial de l'ONU sur l'action et la finance climatiques, à la COP26.
UNRIC/Miranda Alexander-Webber
Mark Carney, l’Envoyé spécial de l’ONU sur l’action et la finance climatiques, à la COP26.

Pourquoi avons-nous besoin du secteur privé pour le financement climatique ?

Selon l’Alliance, le financement privé peut aider à financer des initiatives du secteur privé et transformer des milliards d’investissements climatiques par le biais des canaux publics en milliers de milliards d’investissements climatiques au total. Mais pour arriver à ce changement systémique, il faudra des engagements collaboratifs ambitieux et des mesures à court terme dans l’ensemble du système financier.

« Jusqu’à aujourd’hui, il n’y avait pas assez d’argent dans le monde pour financer la transition ; c’est un tournant », a déclaré M. Carney à la plénière de la COP.

Selon Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), il ne fait aucun doute qu’il doit y avoir une transformation profonde de l’économie mondiale et le secteur privé doit en faire partie.

« Le secteur privé se rend compte que les risques climatiques sont très importants pour leurs portefeuilles et ils doivent les aligner sur une manière plus durable de faire les choses », a-t-elle déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse.

En attendant, pour la cheffe du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la nouvelle alliance avec le secteur privé est « absolument cruciale ». « Il existe de réelles opportunités pour le secteur financier, nous devons rester en dehors du charbon, du pétrole et du gaz », a expliqué Inger Andersen.

Les entreprises s’impliquent

Guenther Thallinger, de la société multinationale allemande de services financiers Allianz, a exprimé son engagement envers la Glasgow Financial Alliance.

« Tout commence par le changement en matière de prise de décision en tant qu’institutions financières. L’impact climatique doit être intégré dans la prise de décision, c’est pourquoi les objectifs intermédiaires sont si importants. Nous avons tous fixé ce type d’objectifs, et il est très important qu’ils soient à assez court terme », a-t-il déclaré à un panel réuni à la Zone d’action de la COP26.

« Nous sommes littéralement ici en train de créer une nouvelle industrie, de nouvelles règles pour une nouvelle industrie qui donne la priorité à l’action climatique. Pour cela, nous avons besoin de mesurer, nous avons besoin de rapports… Je veux profiter de l’occasion pour dire que nous annoncerons notre première série d’objectifs intermédiaires », a ajouté Audrey Choi, Cheffe de la durabilité à Morgan Stanley.

Et que se passe-t-il avec l’argent du secteur public à la COP26 ? C’est retardé pour le moment

Lors de la COP15 en 2009, un financement climatique de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 a été convenu pour soutenir la résilience, l’adaptation et les transitions énergétiques dans les pays en développement. La promesse est maintenant officiellement reportée à 2023.

Cependant, Alok Sharma, Président de la COP26, a annoncé une bonne nouvelle : 90% de l’économie mondiale est désormais couverte par un objectif zéro net. Seuls 30% étaient promis début 2020.

« Il est regrettable que nous ayons très peu de chances d’atteindre l’objectif de 100 milliards de dollars en 2021, mais sur la base des informations soumises par les donateurs, l’analyse montre que les pays développés feront des progrès importants vers l’objectif de 100 milliards de dollars en 2022, et je pense que cela donne également confiance que nous y arriverons en 2023 », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse mercredi.

Plus tôt dans la journée, et se référant au même sujet, le chancelier de l’Echiquier Rishi Sunak a exhorté les pays développés à renforcer leur soutien aux pays en développement, notamment en les aidant à puiser dans les milliers de milliards de dollars engagés pour le net zéro par le secteur privé.

Cependant, la cheffe de l’ONU pour le climat, Patricia Espinosa, a souligné que certains progrès avaient été réalisés à cet égard.

« Les États-Unis ont rejoint la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Union européenne dans un partenariat de plusieurs milliards de dollars pour aider l’Afrique du Sud à financer une transition du charbon. Cette initiative est évaluée à 8,5 milliards au total », a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté que le Japon et l’Australie ont également annoncé des engagements à doubler leur financement pour l’adaptation, et que les États-Unis, la Suisse et le Canada ont également considérablement augmenté leur soutien financier à l’adaptation.

En outre, les pays se sont engagés à consacrer 12 milliards de dollars au financement climatique lié aux forêts entre 2021 et 2025.

« De nouveaux engagements ont été pris par l’Espagne, l’Irlande, le Luxembourg, j’espère donc qu’à la fin de cette conférence nous pourrons vraiment atteindre l’objectif des 100 milliards peut-être en 2022 », a dit Mme Espinosa.