Il y a un manque d’investissement mondial dans la santé mentale, déplore l’OMS

© UNICEF/Anush Babajanyan/VII Photo
Une jeune fille de 14 ans regarde par la fenêtre, à Kyzylorda, au Kazakhstan. Récemment, elle a abordé les sentiments de stress et d’anxiété avec l’aide d’un psychologue scolaire.

Le nouvel Atlas de la santé mentale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse un tableau décevant de l’incapacité mondiale à fournir aux populations les services de santé mentale dont elles ont besoin, à un moment où la pandémie de Covid-19 met en évidence un besoin croissant de soutien en matière de santé mentale.

La dernière édition de l’Atlas, qui comprend des données provenant de 171 pays, indique clairement que l’attention accrue accordée à la santé mentale ces dernières années ne s’est pas encore traduite par une augmentation des services de santé mentale de qualité en adéquation avec les besoins.

Publié tous les trois ans, l’Atlas est une compilation de données fournies par les pays du monde entier sur les politiques de santé mentale, la législation, le financement, les ressources humaines, la disponibilité et l’utilisation des services et les systèmes de collecte de données. Il constitue également le mécanisme de suivi des progrès accomplis dans la réalisation des objectifs du Plan d’action global de l’OMS pour la santé mentale.

« Il est extrêmement préoccupant de constater que, malgré le besoin évident et croissant de services de santé mentale, qui s’est encore accentué pendant la pandémie de Covid-19, les bonnes intentions ne sont pas suivies d’investissements », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé. « Nous devons tenir compte de ce signal d’alarme et agir en conséquence, et accélérer considérablement l’augmentation des investissements dans la santé mentale, car il n’y a pas de santé sans santé mentale ».

Absence de progrès en matière de leadership, de gouvernance et de financement

Aucune des cibles relatives à l’efficacité du leadership et de la gouvernance en matière de santé mentale, à la fourniture de services de santé mentale en milieu communautaire, à la promotion et à la prévention de la santé mentale, et au renforcement des systèmes d’information, n’était sur le point d’être atteinte.

En 2020, 51% seulement des 194 États Membres de l’OMS ont déclaré que leur politique ou leur plan de santé mentale était conforme aux instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits de l’homme, loin de l’objectif de 80%. Et seuls 52% des pays ont atteint la cible relative aux programmes de promotion et de prévention de la santé mentale, également bien en deçà de la cible de 80%. Le seul objectif atteint pour 2020 était une réduction de 10% du taux de suicide, mais même dans ce cas, seuls 35 pays ont déclaré disposer d’une stratégie, d’une politique ou d’un plan de prévention autonome.

Des progrès constants ont toutefois été constatés dans l’adoption de politiques, de plans et de lois en matière de santé mentale, ainsi que dans l’amélioration de la capacité à rendre compte d’un ensemble d’indicateurs fondamentaux de la santé mentale. Cependant, le pourcentage des budgets gouvernementaux de santé consacrés à la santé mentale n’a guère évolué au cours des dernières années, oscillant toujours autour de 2%.

En outre, même lorsque les politiques et les plans comprenaient des estimations des ressources humaines et financières nécessaires, seuls 39% des pays ayant répondu ont indiqué que les ressources humaines nécessaires avaient été allouées et 34% que les ressources financières nécessaires avaient été fournies.

La vulnérabilité et les problèmes de santé mentale font partie de l'expérience humaine collective.
© UNICEF/Fouad Choufany
La vulnérabilité et les problèmes de santé mentale font partie de l’expérience humaine collective.

Le transfert des soins vers les milieux communautaires est lent

Alors que la décentralisation systématique des soins de santé mentale vers les milieux communautaires est recommandée depuis longtemps par l’OMS, seuls 25% des pays ayant répondu remplissent tous les critères d’intégration de la santé mentale dans les soins primaires.

Si des progrès ont été réalisés en matière de formation et de supervision dans la plupart des pays, l’offre de médicaments pour les troubles mentaux et de soins psychosociaux dans les services de soins de santé primaires reste limitée.

Cette situation se reflète également dans la manière dont les fonds publics alloués à la santé mentale sont alloués, ce qui souligne le besoin urgent de désinstitutionalisation. Plus de 70% des dépenses publiques totales en matière de santé mentale ont été allouées aux hôpitaux psychiatriques dans les pays à revenu intermédiaire, contre 35% dans les pays à revenu élevé. Cela indique que les hôpitaux psychiatriques centralisés et les soins hospitaliers en institution reçoivent encore plus de fonds que les services fournis dans les hôpitaux généraux et les centres de soins de santé primaires dans de nombreux pays.

On observe toutefois une augmentation du pourcentage de pays déclarant que le traitement des personnes atteintes de troubles mentaux spécifiques (psychose, trouble bipolaire et dépression) est inclus dans les régimes nationaux d’assurance maladie ou de remboursement – de 73% en 2017 à 80% (ou 55% des États membres) en 2020.

Les estimations mondiales des personnes recevant des soins pour des troubles spécifiques de la santé mentale (utilisées comme indicateur des soins de santé mentale dans leur ensemble) sont restées inférieures à 50%, avec une médiane mondiale de 40% des personnes souffrant de dépression et de seulement 29% des personnes atteintes de psychose recevant des soins.

 La santé mentale est tout aussi importante que la santé physique
OMS
La santé mentale est tout aussi importante que la santé physique

Augmentation du personnel de santé mentale

Plus encourageante est l’augmentation des pays déclarant des programmes de promotion et de prévention de la santé mentale, passant de 41% des États membres en 2014 à 52% en 2020. Cependant, 31% du total des programmes déclarés ne disposaient pas de ressources humaines et financières dédiées, 27% n’avaient pas de plan défini et 39% n’avaient pas de preuves documentées de progrès et/ou d’impact.

On a aussi vu une légère augmentation du personnel de santé mentale. Ainsi, le nombre médian mondial de travailleurs en santé mentale pour 100 000 habitants a légèrement augmenté, passant de neuf travailleurs en 2014 à 13 travailleurs pour 100 000 habitants en 2020. Toutefois, on observe une très forte variation entre les pays de différents niveaux de revenus, le nombre de travailleurs en santé mentale étant plus de 40 fois supérieur dans les pays à revenu élevé que dans les pays à faible revenu.

Nouveaux objectifs pour 2030

Les cibles mondiales dont il est fait état dans l’Atlas de la santé mentale sont issues du Plan d’action global pour la santé mentale de l’OMS, qui contenait des cibles pour 2020 approuvées par l’Assemblée mondiale de la santé en 2013. Ce plan a maintenant été étendu à 2030 et comprend de nouvelles cibles pour l’inclusion de la santé mentale et du soutien psychosocial dans les plans de préparation aux situations d’urgence, l’intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires et la recherche sur la santé mentale.

« Les nouvelles données de l’Atlas de la santé mentale nous montrent que nous avons encore un très long chemin à parcourir pour faire en sorte que chacun, partout, ait accès à des soins de santé mentale de qualité », a déclaré Dévora Kestel, Directrice du département Santé mentale et toxicomanie à l’OMS. « Mais je suis encouragée par le regain de vigueur que nous avons constaté de la part des gouvernements lors de la discussion et de l’adoption des nouveaux objectifs pour 2030 et je suis convaincue qu’ensemble nous pouvons faire ce qu’il faut pour passer des petits pas aux bonds de géant dans les dix prochaines années ».