La gouvernance des Nations Unies est trop souvent entravée, regrette l’Union européenne

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UN Photo/Laura Jarriel
Charles Michel, Président du Conseil européen, lors de son allocution devant l’Assemblée générale

« Nous formons en effet une famille planétaire. Et les Nations Unies en constituent l’ossature. Mais cette famille est dysfonctionnelle », a estimé le représentant de l’Union européenne. « La confiance s’érode, les tensions se multiplient et une dangereuse confrontation bipolaire nous menace. Le système des Nations Unies est aujourd’hui ankylosé, entravé par des forces hostiles ». Aux yeux de l’Union européenne, il est donc nécessaire de remettre la coopération multilatérale sur des rails solides, restaurer la confiance, résoudre les problèmes les plus urgents et réparer le système des Nations Unies.

Evoquant le conflit en Ukraine, Charles Michel a déploré que depuis 19 mois, un membre permanent du Conseil de sécurité, la Russie, « mène une guerre de conquête contre un pays voisin qui ne l’a jamais menacé », cela malgré la condamnation à plusieurs reprises par l’Assemblée générale, et son « rappel puissant des principes de souveraineté et d’intégrité territoriale, « sans freiner le Kremlin dans son aventure mortifère, ni dans son sentiment d’impunité ».

L’Union européenne soutiendra « sans relâche l’Ukraine dans l’exercice de son droit à la légitime défense », a-t-il réitéré.

Par ailleurs, alors que la planète est en ébullition avec le risque d’un réchauffement de notre planète de 2,5 degrés Celsius d’ici la fin du siècle, « nous devons nous ressaisir », a-t-il demandé, déplorant que seul un quart des investissements privés mondiaux pour atteindre la neutralité carbone est réalisé dans les pays en développement. « Pourtant, le G20 est responsable de 80% des émissions globales », a-t-il précisé, avant de noter que, alors que le financement international de l’action pour le climat devrait atteindre enfin 100 milliards cette année, l’Union européenne y a contribué 26 milliards en 2021, « plus que la part qui lui incombe ».

Le pouvoir toujours quasi absolu du G7

Le représentant de l’Union européenne a abordé la situation économique et financière des économies vulnérables, gravement affectée par la crise de Covid-19 et la guerre de la Russie en Ukraine, alors que 165 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté à cause du service de la dette « qui a supplanté les dépenses pour la protection sociale, la santé et l’éducation ». D’où à ses yeux, la nécessité de rendre le système financier plus robuste et plus juste, et mieux préparé au 21eme siècle.

Prônant une réforme en profondeur du système de Bretton Wood, Charles Michel a rappelé qu’alors que les pays du G7 détiennent toujours le pouvoir « quasi absolu » de décision, l’Union européenne est à prête à mieux partager ce pouvoir, « car les régions qui n’y ont quasiment pas voix au chapitre doivent être mieux impliquées dans les décisions qui les concernent » et nous devons accroître « ce filet de sécurité essentiel qu’est la capacité de prêt des institutions financières internationales », a-t-il proposé, rappelant qu’en 60 ans, le pouvoir de financement de la Banque mondiale en proportion à la production mondiale a été divisé par sept.

Réformer le Conseil de sécurité

Poursuivant sa démonstration sur les relations de pouvoir internationales, le représentant européen a avant tout déploré que la gouvernance des Nations Unies soit trop souvent entravée.

Soutenant les réformes proposées par le Secrétaire général de l’ONU dans « Notre programme commun », il a apporté trois propositions d’une modification de la Charte des Nations Unies, à commencer par le droit de veto qui dans sa forme actuelle, « a conduit à l’impuissance du Conseil ». Il a demandé, en vertu de la Charte, et en référence à la Russie, qu’un membre du Conseil de sécurité s’abstienne lors d’un vote dont il est l’objet et a soutenu l’initiative franco-mexicaine d’une limite du droit de veto en cas d’atrocités de masse ainsi qu’un code de conduite du Conseil contre les génocides, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Il a proposé un mécanisme qui combine la prise de décision à la majorité et un usage modéré et modulable du droit de veto.

Promouvoir la légitimité des organisations régionales

« Des pans entiers du monde – l’Afrique, l’Amérique du Sud, les Caraïbes, l’Asie – sont peu ou pas représentés » au Conseil, a-t-il regretté, notant que par son manque de représentativité, le Conseil de sécurité voit « sa légitimité s’éroder ».

Rappelant son soutien immédiat à l’appel du Président sénégalais Macky Sall à inclure l’Union africaine comme membre à part entière du G20, il a ainsi proposé d’accorder une place plus importante aux organisations régionales en raison de leur influence croissante et leur contribution à la stabilité dans l’arène internationale.

Charles Michel a noté que l’Union européenne constitue le premier donateur en matière de développement et de maintien de la paix dans le monde. Y compris dans des régions ou les conflits se prolongent désespérément, a-t-il ajouté, évoquant les coups d’Etat militaires successifs au Sahel qui accroissent l’instabilité et l’insécurité, sous prétexte de les réduire, avant d’adresser un message de soutien personnel au Président du Niger Mohamed Bazoum, « emprisonné depuis 56 jours dans sa maison par une junte militaire ».

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